Mon ami Xavier et moi même venions d’achever, après encore beaucoup d’hésitations, d’arrêts et de reprises, un premier déchiffrage d’une transcription pour deux guitares de la Tarentelle de Cristoforo Caresana. Xavier me dit alors ; “sais-tu que j’ai une photo de la partition manuscrite originale de cette pièce ? et il ajouta, en me la montrant sur son téléphone, “c’est émouvant non ?”.
C’est vrai que ce document, qui date de 1673 ne manque pas de charme. Par contre, au niveau de la lisibilité on est très loin de la perfection des impressions obtenues avec nos logiciels d’édition musicale actuels, comme MuseScore par exemple, et je plains sincèrement les musiciens qui devaient décrypter de pareils pattes de mouche.
Notre longue conversation qui a suivi à tourné autour de l’origine de la notation musicale et des traditions musicales d’une manière plus générale. Grâce à internet nous avons trouvé des réponses à certaines questions que nous nous posions. Je vous en fais un petit résumé ci-dessous.
De quand datent les premières musiques?
La musique existe certainement depuis la préhistoire mais elle ne laisse, au début, pas de trace. Il est donc difficile de raconter son histoire. On peut imaginer que les premières mélodies ont été chantées par des hommes préhistoriques, en s’accompagnant peut-être d’instruments percussifs simples comme des morceaux de bois ou des pierres entrechoquées.
Quelle est la plus ancienne partition connue?
La plus ancienne partition musicale connue à ce jour est l’Hymne hourrite n°6, souvent appelé Hymne à Nikkal. Elle date d’environ 1400 av. J.-C. et a été découverte à Ougarit (actuelle Syrie) sur une tablette d’argile en écriture cunéiforme. Elle comporte des indications mélodiques pour un instrument à neuf cordes, sans doute une sorte de lyre.
L’épitaphe de Seikilos est également une des plus vieilles mélodies écrites connues à ce jour. Les paroles de cette chanson sont gravées sur une colonne de marbre. La mélodie est codée par des lettres écrites au-dessus des paroles et surmontées de signes indiquant la durée des notes. Cette stèle date du I er ou II ème siècle av JC.

D’où viennent le nom des notes ?
La gamme do, ré, mi, fa, sol, la et si, bien connue des amateurs de solfège (hors des pays anglo-saxons qui utilisent les lettres C, D, E, F, G, A et B), remonte au XIe siècle. A l’époque, le moine italien Guido d’Arezzo, qui réfléchissait à une méthode pour classer la hauteur des notes, avait eu l’idée de choisir le début de chaque vers d’un chant religieux, I’hymne à Saint Jean-Baptiste.
La note Si n’apparaît qu’au XIIe siècle, et Ut, difficile à vocaliser, est remplacée progressivement par Do dont l’usage se généralise au XVIIe siècle.
Depuis quand écrit-on la musique sur des lignes ?
L’invention du système de notation musicale sur une portée est également souvent attribuée à Guido d’Arezzo. Au début, une portée ne comprenait que quatre lignes et ne comportait pas de barre de mesure.
Le système s’est amélioré progressivement au cours des siècles, notamment en introduisant les indications de mesures chiffrées (XVI eme et XVII eme siècle) et l’armure qui donne la tonalité du morceau. On doit la première représentation graphique circulaire du cycle des quintes au théoricien ukrainien Nikolaï Diletsky vers 1670–1675.
Xavier aime beaucoup cette image. C’est vrai qu’elle a un petit air mystérieux de gravures cabalistiques ésotériques moyenâgeuses que seuls les initiés peuvent comprendre. Le fait de connaître le solfège et ses codes, de savoir lire et interpréter une partition nous donnent un peu le sentiment d’appartenir à une communauté de savoirs aux pouvoirs particuliers. J’ai toujours considéré que les musiciens sont des sortes de magiciens puisqu’ils sont capables de vous communiquer des émotions et de mettre votre esprit et même votre corps dans un état inhabituel par les sons qu’ils produisent. Bon, en ce qui me concerne, je ne suis encore qu’un très humble apprenti sorcier, et ce n’est pas, malgré ses qualités indéniables de pédagogue, la baguette magique de Jean-Pierre, notre chef d’orchestre, qui pourra me transformer en virtuose.
Xavier reste un bon moment comme absorbé par la contemplation de ce diagramme qui le fascine. A mon tour de t’étonner lui dis-je en lui tendant mon téléphone, voilà sans doute une ancêtre de notre guitare qui date de 1350 ans avant J.C. Le manche, équipé de frettes, semble assez étroit et donc l’instrument devait comporter moins de cordes que le nôtre mais il s’agit bien d’un instrument à cordes pincées.
Bigre, me dit Xavier, nous avons fait un sacré voyage dans le temps ! Mais, cela dit, il nous reste juste un petit quart d’heure pour rejouer La Tarentelle avant que je rentre chez moi.
Nous avons donc repris nos instruments et rejoué cette Tarentelle, un peu mieux que la première fois et en ressentant un sentiment de fierté d’avoir l’honneur de pratiquer, même à notre modeste niveau, un art plusieurs fois millénaire et qui restera longtemps une des plus belles créations de l’humanité.






